Pour les entreprises clôturant les comptes au 31 décembre, leurs publications, après certification des commissaires aux comptes, interviennent généralement entre avril et juin. C’est donc le moment idéal pour que le CSE désigne un expert afin de l’aider à analyser la situation économique et financière de l’entreprise, analyse d’autant plus indispensable dans un contexte économique instable.
Le recours à un expert : un droit essentiel pour éclairer tous les élus du CSE
L’article L2315-88 du Code du Travail prévoit que «Le comité social et économique peut décider de recourir à un expert-comptable en vue de la consultation sur la situation économique et financière de l’entreprise ». Le coût de l’expertise est pris en charge à 100% par l’employeur et la désignation doit avoir lieu lors de l’ouverture de l’information consultation (donc à réception des documents économiques et financiers). L’expert disposera de l’ensemble de la documentation qu’il estimera nécessaire à l’exercice de sa mission, et aura la possibilité d’échanger avec la direction afin d’analyser les données pertinentes. Il présentera ses travaux sous forme écrite et orale, en les structurant selon les axes définis en concertation avec le CSE, et accompagnera ses membres dans l’élaboration de leur avis.
Appréhender les impacts du contexte économique sur l’activité des entreprises avec le CSE
L’INSEE, dans sa Note de Conjoncture « Inflation ravivée, croissance fragilisée » de mars 2026émet ainsi une forte réserve quant à ses prévisions pour l’année en cours : celle de l’incertitude quant à la durée et l’intensité du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran. En effet, toutes les prévisions établies s’appuient sur un maintien des cours du baril de pétrole aux alentours de 100 dollars jusqu’en juin (contre 63 dollars en moyenne fin 2025). Une résolution rapide du conflit provoquerait une baisse de ce cours avec un effet positif sur la conjoncture française, tandis qu’une dynamique inverse avec notamment la destruction de capacités de production des pays du Golfe, aurait un effet délétère sur le pouvoir d’achat et la croissance. Les évolutions de ce conflit ont également de forts impacts sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, et pourraient peser sur l’offre et la croissance en France.
Il est ainsi important de comprendre en quoi ces différents enjeux peuvent peser sur l’entreprise en fonction de son modèle économique : hausse du coût des matières premières, notamment de l’énergie et impact sur les marges, répercussions dans les prix de vente des hausses de coût et élasticité de la demande, comportement d’arbitrages des consommateurs selon la nature des produits vendus et le positionnement prix. En effet lors de la précédente crise inflationniste, une descente en gamme très rapide des comportements de consommation avait été observée. Face à ce contexte, de quelles marges de manœuvre financières dispose l’entreprise ? Quel sera son positionnement quant aux décisions d’investissement ?
Croissance et inflation : quel impact sur vos négociations annuelles obligatoires (NAO) ?
La France a connu une croissance en 2024 (+1,1%) et 2025 (+0,9%), malgré une consommation peu vive et un taux d’épargne parmi les plus élevés d’Europe (au-delà de 18%). Elle marque le pas au T1 2026 (+0%) selon la dernière note de l’INSEE de fin avril 2026 et la question de la guerre et ses effets sur la demande pourrait peser sur la fin de l’année. La Banque de France a revu ses prévisions à la baisse : entre 0,3% et 0,9% de croissance pour l’ensemble de l’année.
L’inflation, elle, avait fortement régressé en 2025 : +0,9 %, après +2,0 % en 2024 et les deux années précédentes ayant connu des pics (+4,9 % en 2023 et +5,2 % en 2022). Ce sont surtout les baisses des prix de l’énergie qui expliquent ce reflux. L’inflation sur l’ensemble de l’année 2026 sera donc très dépendante du contexte géopolitique et ses effets sur les hydrocarbures : ainsi les différents scénarii exposés fin mars 2026 par la Banque de France comportent des fourchettes très larges de l’inflation : de 1,2 (scénario de base) à 3,3% (scénario le plus défavorable).
Pour 2026, le retour de l’inflation n’est pas encore intégré dans les négociations de branche et d’entreprise sur les salaires : les salaires resteraient atones, ce qui pèserait encore sur le pouvoir d’achat malgré une revalorisation automatique du SMIC ce printemps. Selon la note de conjoncture de l’INSEE, le pouvoir d’achat des ménages baisserait ainsi de 0,2% au premier semestre 2026.
Quelle est la politique salariale prévue par la direction pour 2026, et tient-elle compte du retour de l’inflation ? Le pouvoir d’achat réel des salariés a-t-il été préservé sur les trois dernières années ?
Chômage et emploi : anticiper les conséquences sociales dans l’entreprise
Le chômage augmente en France : 7,9% fin 2025 en hausse de 0,6 pt sur un an, alors que l’on observe une stabilité ou des baisses dans les autres pays européens. Les salaires sont aussi moins dynamiques que dans les autres pays européens.
Cette hausse résulte à la fois d’une création nette d’emplois très faible (25 000 en 2025 contre +181 000 en 2024) alors que la population active croît de manière importante (249 000 actifs supplémentaires en 2025 contre +110 000 en 2024), notamment du fait de la réforme de la retraite (sa suspension n’ayant des effets que fin 2026). Selon la note 34 de l’INSEE de février 2026, ce sont les plus jeunes qui pâtissent le plus de cette situation : « l’entièreté de la hausse du chômage au quatrième trimestre 2025 est portée par les 15-24 ans, dont le taux de chômage augmente de 2,4 points sur le trimestre, tandis que celui des 25-49 ans diminue de 0,2 point et celui des 50 ans ou plus est stable. »
Pour 2026, le marché du travail semble se dégrader en volume : perte de 22 000 postes dans le privé à juin 2026. Ce sont les créations de micro-entreprises qui alimentent la dynamique de l’emploi (+ 36 000 au premier semestre 2026) mais engendrant des revenus moindres. Selon la Banque de France, le taux de chômage s’établirait à 8% à mi année 2026 avant un reflux.




