Un temps partiel est « subi » lorsque le ou la salarié·e est en temps partiel faute d’avoir trouvé un travail à temps complet. Si le temps partiel subi semble avoir légèrement reculé selon une étude publiée par la DARES, il reste significatif et constitue un enjeu majeur de santé au travail et d’égalité professionnelle.
Un phénomène massif et structurel du marché du travail
Le travail à temps partiel concerne une part importante des salarié·es en France. Selon l’INSEE, 4,2 millions de salarié·es travaillent à temps partiel en 2024, soit 17,4 % des salariés hors apprentis.Une part significative de ces emplois relève de que l’on appelle le temps partiel subi. D’après les données 2021 de l’INSEE exploitées par l’Observatoire des inégalités, 27% des salarié·es à temps partiel déclarent en effet vouloir travailler davantage.Ce phénomène de sous-emploi concerne particulièrement certains secteurs comme les services et la grande distribution. Les domaines d’activité les plus touchés par le temps partiel contraint sont les services administratifs et de soutien, qui englobent notamment le nettoyage en entreprise (8,3 % des emplois salariés du secteur, contre 4,2 % tous secteurs confondus en 2023). S’y ajoutent l’enseignement (7,8 %), les activités artistiques, culturelles et de loisirs (7,7 %), l’hôtellerie-restauration (7,5 %), les autres services (6,4 %), ainsi que la santé et l’action sociale (5,8 %).
Un facteur de dégradation de la santé physique et mentale
Le temps partiel subi a des effets sur la santé des salarié·es notamment en raison des conditions d’emploi qui y sont associés.
D’abord, il est fréquemment lié à des horaires fragmentés et imprévisibles. Les salarié·es peuvent travailler quelques heures le matin, puis reprendre en fin de journée, ce qui allonge la durée de présence contrainte sans augmentation du temps rémunéré. Ces situations génèrent une fatigue accrue liée aux amplitudes horaires, une difficulté de récupération et une désorganisation de la vie personnelle.
Ensuite, le temps partiel subi est fortement corrélé à la précarité économique et constitue une forme de précarité durable avec des rémunérations proches du SMIC. Cette situation a des effets directs sur la santé, liés au stress financier mais également au cumul des emplois que cela peut engendrer.
Par ailleurs, pour les salarié·es qui souhaitent accéder à un travail à temps plein, le fait de se trouver contraint à occuper un temps partiel peut générer un sentiment de déclassement.
Le temps partiel subi constitue donc un risque professionnel à part entière que les représentants du personnel au CSE peuvent intégrer dans l’analyse des conditions de travail.
Un phénomène profondément genré
L’analyse du profil des salarié·es concerné·es révèle de grandes disparités en fonction du sexe. Ainsi, le temps partiel constitue l’un des principaux facteurs d’inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes.
En 2023, 26,6% des femmes salariées travaillent à temps partiel contre 7,5% des hommes alors que les femmes représentent près de 78% des salarié·es à temps partiel. Plusieurs facteurs explicatifs peuvent être identifiés :
- La ségrégation professionnelle : En France les femmes et les hommes se concentrent dans des métiers différents. Certains emplois sont structurellement proposés à temps partiel et les métiers les plus féminisés sont aussi ceux où le temps partiel est le plus fréquent.
- L’organisation des temps de vie : la garde des enfants reste un motif important de recours au temps partiel et elle reste encore principalement à la charge des femmes. Comme il l’est rappelé dans un rapport de l’IGAS, « la proportion des femmes sans enfant en emploi qui travaillent à temps partiel (23,4 %) est nettement plus faible que celle des femmes travaillant à temps partiel qui ont plusieurs enfants, en particulier des enfants en bas âge. Le temps partiel concerne tout particulièrement les jeunes femmes (33,2 % des salariées de 15 à 24 ans) et les femmes plus âgées (34,4% des femmes salariées de 55 ans et plus) ». En moyenne, les femmes consacrent trois heures trente par jour aux taches domestiques, contre deux heures pour les hommes.
Le temps partiel contribue directement aux écarts de rémunération, aux inégalités de carrière et aux écarts de retraite. C’est pourquoi il constitue un enjeu central d’égalité professionnelle pour les représentant·es du personnel.
Conclusion
Le temps partiel subi est un phénomène massif et qui comporte des enjeux importants en matière de santé au travail et d’égalité professionnelle. Les représentants du personnel devraient se saisir de ce sujet dans le cadre de leurs prérogatives. Ils peuvent notamment le faire lors des consultations sur la politique sociale de l’entreprise au travers de l’évaluation des risques professionnels, ou encore lors de la négociation sur l’égalité professionnelle.




