Quelques jours avant la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail intervenue le 28 avril dernier, l’Organisation Internationale du travail a publié un nouveau rapport alertant sur l’impact des risques psychosociaux sur la santé publique mondiale.
Les risques psychosociaux, un phénomène massif
Le stress au travail, le déséquilibre entre efforts et récompenses, la précarité de l’emploi, la durée excessive de travail (supérieure à 55 heures par semaine) et le harcèlement au travail sont pointés comme une menace croissante pour la santé des travailleurs. Selon ce rapport, ces facteurs de risques psychosociaux entraîneraient plus de 840 000 décès annuels dans le monde, imputables à des maladies cardiovasculaires ou à des troubles mentaux. Ils seraient aussi responsables de la perte de près de 45 millions d’années de vie corrigées du facteur invalidité (AVCI) chaque année. Enfin, ces maladies représenteraient un coup d’environ 1,37% du PIB mondial.
Alors que 35% des travailleurs dans le monde travaillent plus de 48h par semaine (OIT 2022), la durée excessive de travail est pointée comme l’un des facteurs de risque les plus dangereux puisque associé à un risque accru de maladies cardiovasculaires et d’AVC.
Le rapport rappelle enfin que 23% des travailleurs dans le monde ont subi au moins une forme de violence ou de harcèlement au cours de leur carrière professionnelle.
Comprendre les risques psychosociaux : interroger l’organisation du travail
Pour agir sur ces risques et limiter leurs impacts, il est avant tout nécessaire de comprendre que les risques psychosociaux ne relèvent pas de fragilités individuelles mais sont bien le produit de l’organisation du travail. La conception des postes, le sens du travail, la clarté des rôles, l’autonomie, le politiques et pratiques managériales doivent être interrogés pour prévenir ces risques. Les dispositifs centrés uniquement sur l’individu (comme les formations en gestion du stress) peuvent permettre de limiter les effets de ces facteurs de risques, mais ne seront jamais aussi protecteurs qu’une action sur les conditions de travail.
Pistes d’actions : quels leviers pour les représentants du personnel ?
Le rapport de l’OIT propose plusieurs orientations et pistes d’actions qui peuvent être directement mobilisées dans le contexte français :
- Identifier, évaluer et hiérarchiser les risques psychosociaux. Ce travail doit être réalisé par l’employeur dans le cadre du Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels (DUERP). Pour être le plus proche des situations de travail réels, l’évaluation présentée dans le DUERP doit prendre en compte à la fois des indicateurs santé chiffrés (absentéisme, turnover) mais aussi des retours qualitatifs des salariés (par le biais d’enquête de terrain ou de questionnaire) et des représentants du personnel.
- L’évaluation des risques doit aboutir à des actions préventives concrètes agissant sur les risques à la source, et donc sur l’organisation du travail (à savoir les actions de prévention primaires). Des exemples de mesures sont répertoriés dans le rapport de l’OIT. A l’échelle française, ces mesures doivent être réunies dans le DUERP mais aussi dans le programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT) qui découle du DUERP.
- Ces deux documents doivent être soumis au moins chaque année à l’information-consultation du CSE, lequel peut se faire accompagner par un expert dans le cadre de la consultation sur la politique sociale, les conditions de travail et l’emploi.
Conclusions
Les enseignements du rapport de l’OIT confirment que les risques psychosociaux ne relèvent ni de la fatalité ni d’une simple problématique individuelle : ils trouvent leur origine au cœur même des choix d’organisation du travail.
Pour les représentants du personnel, cette réalité implique de se saisir pleinement des procédures d’information-consultation au sein desquelles peuvent s’exercer les prérogatives relatives à la santé, à la sécurité et aux conditions de travail.




